Pasta Fiction

Publié le par Sisyphe

C’était un secteur ou la guerre faisait rage, une guerre rangée, technique, subtile et complexe.

Les camps étaient en ligne, parfois même se faisaient face, rivalisant de couleurs et de style, se toisant fixement sans jamais faiblir.

Les Banzani avaient bonne place, mais c’était sans compter sur la famille rivale : les Parrila. Depuis des decennies, une bataille sans merci se livrait tous les jours et sous les yeux de tous, les familles développaient des joyaux d’ingéniosité dans la conception des leurs plans et se répondaient, tour à tour et coup pour coup. Ils étaient incontestablement les maitres du terrain, malgré les incessantes tentatives d’autres familles plus petites et plus avides, jouant la carte de l’appui régional et du plan d’expension, mais bien malgré eux, ces dernières avaient toujours un temps de retard, sans non plus passer pour des branques. Ainsi existaient malgré tout le clan Lucrustu et Croix de Voie s.a. Des familles comme ça, y’en a des floppées, elles sont toutes plus ou moins ratachées aux plus grosses. Ainsi un petit microcosme était-il le théâtre d’une guerre aux dimensions insoupçonnées…

 

Le père Parrila fronça les sourcils en gigromelant devant son écran, attirant l’attention de son ainé.

 

_Bon sang.

_Quoi ?

_Ils ont osé…

_Qui ? Qui ?

_Lucrustu… Putain meeeerde…

_Mais crache quoi ! Ils ont fait quoi ??!

_Ils nous ont fait le coup des œufs frais.

_QUOI ?

_Ouais. Ils l’ont fait.

_Puta madre… A quoi on va répondre à ça ?

_Et Croix de Voie s.a qui nous sort sa « régionale » au même moment.

_Sans oublier les Banzani…

_Quoi les Banzani ?

_T’es pas au courant ? Ils ont lancé les précuites… 3 minutes.

_Oh le coup bas… 3 minutes…

_Ça laisse pensif.

_Faut répondre à ça, c’est une question d’honneur.

_Oui mais comment ?

 

Dans la pénombre du grand bureau Parrila un silence méditatif régnait, après la violente secousse des œufs et des précuites et dans l’air rendu presque palpable par la tension, un bruit de porte se fit entendre. Coupant le voile muet qui recouvrait les deux hommes, le son du fauteuil de Don Parrila s’avançait dans la pièce. Don Antonio Parilla sortait d’un film des années mafieuses, une sorte de Parrain comme on les connait tous, la classe quoi. Un parrain des pâtes. Le costard, le cheveu lisse et la voix qui va avec.

 

_Papé… Dirent les fils.

_Chhhht.

_... Mais…

_Tou té tais.

_Mais y’a les Banz..

_Jé Sais.

_Et les Croix d…

_Jé lé sais AUSSI. Taissez vous donc oune po ! Jé la soloucionne.

_Oh ?

_Eco.

 

Quelques jours plus tard, au somptueux building des Banzani, le petit dernier de la famille sautigotait sur son Poang Ikea devant son écran 34 pouces, attirant l’attention de sa sœur ainée qui passait en machouillant un bonbon.

 

_Ouh pitain pit..

_Bah quoi ?

_...pitainpitainpitain…

_Stoooooop !!!

_ ?

_Parle.

_Papa va pas être content.

_Encore un coup des Parrila ?

_Ouais, et pas des moindres ! Ha les enfluorés !!

 

Il tourna l’écran pour qu’elle puisse voir. Après quelques secondes d’observation, son air nonchalant disparu pour laisser place à une mine dépitée…

 

_Ah ouais… trop. Y va être vert le vieux.

 

Jacques Banzani déboula dans la pièce, débordant d’un dynamisme qui forçait l’admiration. Un trader actuel, comme on les imagine tous, un arriviste quoi. Un trader des pâtes. Petite chemise, petit pantalon ajusté et parfum qui va avec.

 

_Alors les gamins ? Encore a trainé mmh ?

_...

_Ben quoi mes enfants ? Z’êtes devenus muets ou bien ?

 

Le petit tourna encore un peu l’écran. Son père s’approcha, curieux, puis de plus en plus méfiant. Son visage se transformait en même temps que son approche, il finit presque collé sur l’image, détaillant le moindre point, décortiquant le plus petit détail visible, ses yeux grondaient, puis sur un point son teint changea. Il se redressa alors a toute allure, ajusta ses lunettes, plongea son regard dans celui de sa fille, devenue craintive.

 

_ « Tu vas immédiatement me chercher ça ». Dit-il en désignant l’écran.

 

Puis il s’en fut comme l’éclair en bougonnant, bousculant même sa femme dans le couloir. Elle le regarda partir, puis jeta un œil étonné dans la pièce ou le petit semblait perdu dans sa réflexion et sa sœur figée dans l’ordre reçu.

 

_Qu’avait vous fait à papa ?

_ « Nous, rien » Répondirent ils en cœur, désignant l’écran.

 

La mère s’approcha de l’écran et ouvrit lentement la bouche. Devant elle s’affichait la dernière sortie des Parrila, des pâtes… des pâtes oui, mais quelles pâtes! Un design innovant, packaging en matériaux recyclés, couleurs et typographies savamment choisies et placées, toute une gamme aux légumes, aux épices, ils annonçaient une cuisson en 2 minutes 30, même pour les demis complètes ! Mais… ce n’était pas suffisant pour mettre son mari dans un tel état, même l’offre promotionnelle… Qu’était donc le détail…

Elle tomba dessus au coin du paquet et lut à haute voix le petit encart vert à l’écriture blanche.

 

_ « Aux œufs frais de poules régionales élevées en plein air bio »

 

 

… « Il est vraiment fort ce Don Antonio… » Ralchonnait Jacques dans son bureau…

 

 

M.R 2012

Publié dans Fusible restant

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Commenter cet article

rémytho 07/10/2012 02:01


dé-so-pi-lant ! Ah, les pâtes, encore plus drôle que ton article précèdent, qui a faillit aussi m'arracher des larmes :)

Sisyphe 09/10/2012 21:18



Avouons que le contraste entre les deux est fortement marqué!! cela dit, quelmques semaines les separent...


Merci de ce passage remy-le-jeu-d'mot! A la prochaine!



les cafards 05/10/2012 19:00


et un texte à mourir de rire ... après avoir bouffé un bon plat de pates of course !

Sisyphe 09/10/2012 21:16



Si j'ai un moins fait rire un cafard avec ce texte -pas mal minable quand même- alors c'est cool :)


Je pourrai bientot pâsser chez vous plus... bah plusse mieux, c'est deja pas mal! a bientot et merci a vous! ;)



songe 22/09/2012 12:19


ça me donne envie d'apprendre à faire moi même mes pâtes !

Sékateur 19/09/2012 21:57


Eh ! Ca manque un peu de bolognaise ce récit ! Blagues mises à part, les pâtes aux oeufs, c'est une hérésie. Les oeufs, ça n'apporte rien au goût. C'est du flan ! Ca rend les pâtes toutes molles,
ça les fait coller. La vraie patte est au blé dur. Elle cuit en 15 minutes, al dente. On ne déconne pas avec une vraie pâte. Elle est ferme sous la dent. Toujours. C'est jamais du chewing-gum.
Non mais...

Sisyphe 09/10/2012 21:14



oh combien ce commentaire est vrai!!! Comment ai je pu oublier la bolognaise...^^


Et je suis d'accord... on déconne pas avec la vraie pate au blé dur!!!



realkiller 19/09/2012 10:04


Mouarf mouarf, tu te rappelle la fameuse pub de lucrustu avec 4 oeufs frais au kilo ? Certains y voyaient de gros oeufs de 250g pour y faire leurs pâtes, faut jamais lire un emballage c'est pour
appâter et distraires les vieux. Je vais pas te faire le coups de "Zani" entre les pattes car tu dois certainement la connaître ^^.