Tic tac, temps mort.

Publié le par Sisyphe

 

« Tic tac. »

 

« Tic tac », fait l’horloge au milieu du silence cloué aux murs. « Tic tac » : elle n’a que ça à dire. Les hommes lui ont assigné une tâche : écouler le temps en nous murmurant tic tac, juste… tic tac. Oubliées les pendules géantes de nos anciens et leurs réconfortants « Clong-Crong » profonds et berçants, posant avec rythme et manière l’ambiance si particulière d’un temps qui s’écoulait autrement, distillant dans ses « Clong-Crong » presque caverneux les fruits de son labeur d’horloge : écouler le temps de l’homme dans son silence. « Clong-Crong »

 

Aujourd’hui ça grésille, ça illumine, ça change de couleur, mais ça ne fait presque pas de bruit. Les missionnaires du temps qui passe sont présents partout. Et font ce que les hommes leur ont dit de faire : écouler le temps.

 

« Tic tac » murmure encore la mienne. J’ai comme une soudaine envie de lui dire ta gueule.

 

TA GUEULE !!!

 

C’est vrai quoi… Tu parasites mon silence. En quoi le temps devrait-il être indéfectiblement associé à un bruit quelconque ? Comment l’impalpable pourrait-il faire du bruit ? Où sont diable donc nos cadrans solaires muets !?! Tais-toi donc va. Le temps n’a pas besoin de toi pour être, à vrai dire, c’est même plutôt l’inverse, il se suffit à lui-même, le temps.
Le temps… Le temps et ce qu’ont en fait, le temps et l’importance qu’on donne à son écoulement. Toi t’es la et tu me jettes tes « Tic tac » à la figure, conne comme une… comme une horloge.

 
Je me fous de toi et de ce que tu crois avoir à dire, qu’en plus de n’être qu’une invention d’homme, tu n’es qu’un sous-fifre du le temps. Lui qui rigole bien en voyant tous ces gens lui courir après… et plus ils courent et plus ils le perdent, c’est ça qui le fait marrer.


C’est un sacré larron le temps. Tantôt ami, tantôt ennemi selon les humeurs de celui qui le regarde, selon l’envie aussi… Il se déguise en tortue ou en lièvre selon l’histoire, il est joueur le temps… et nous sommes ses jouets préférés car ont pensent que c’est nous qui jouons avec lui. Il nous regarde faire.

Il nous aime bien quand on le sème à s’aimer, quand on l’oubli dans une discussion, qu’on le fige dans un sourire, quand on l’utilise pour écrire, lire et chanter.
Mais il est souvent triste aussi, de voir ce qu’on fait de lui, quand on le dissémine à se battre a poings et à idées fermés, quand on l’enlise à fomenter, quand on le brule dans la colère, quand on l’asphyxie dans le refus. Il est triste oui, le temps, c’est pour ça qu’il se tait, qu’il n’est que silence.


Lui il ne veut pas grand-chose finalement, il voudrait que l’on comprenne qu’il ne peut rien faire d’autre que de glisser entre les doigts de celui qui tente de l’attraper, il voudrait qu’on touche du doigt son inexorabilité pour être libéré de lui, que l’on cesse de l’insulter d’oppresseur, que l’on comprenne l’importance qu’on lui donne et percevoir ainsi celle qu’il a réellement : Aucune.


Le temps, il aimerait surtout qu’on ne s’occupe pas de lui, qu’on le prenne sans y faire attention, pour des choses réellement utiles… Parce que lui mieux que quiconque sait où mènent les chemins qu’il arpente avec nous.

Le temps est un passeur, et si on le traite d’assassin, il baisse le regard, sans pour autant ralentir, il sait qu’il n’est que l’acolyte de celui que nous, ses compagnons de voyage, nommons la mort. Le temps a le regard triste, comme les contemplatifs qui jonchent ses souvenirs, ceux qui l’on reconnut tel qu’il le voulait : Inexorable et donc, sans importance réelle. Ceux-là, se sont éloignés de lui, en lui souriant et en lui disant « A quand il sera l’heure. » puis s’en furent dans un clin d’œil complice scellant le silence. Le temps lui-même ne connait pas cette heure, seule la mort en décide parait il, le temps lui ne fait qu’accompagner, invisible et silencieux. Il nous regarde le perdre ou pas.
En immortel compassionné, il aimerait pouvoir nous dire « vivez ». « Vivez, tout simplement. Vivez chaque instants, ces petits bouts de moi, faites-le pleinement, entièrement. Tirez en tout ce que vous pouvez, mais tirez en quelque chose d’utile, pour vous, pour vos pairs. Utilisez moi pour vivre seulement, vivre pleinement vos instants qu’ils durent une de mes secondes ou plusieurs de mes heures : Vivez pleinement, ne m’éparpillez pas dans l’inutile. »

« Tic tac » Entend l’homme faisant du bruit. « Tic tac. »

Et la mort quand il est l’heure… à l’heure qu’il faut. Mais quand ? Le temps lui-même ne sait pas, à cela il ne fait que répondre que la mort est juste comme lui, inexorable et donc sans importance.


Mais l’homme n’entend que « Tic tac » et s’attarde à égarer ses instants à avoir peur de la mort.
 

 

Avoir peur de la mort… qu’il y a-t-il de mieux pour ne pas vivre !?! Vivoter tout au plus pour attendre, terrorisé… l’inexorable !??! Que de bouts d’instants gâchés, que de cadavres de bouts de temps éparpillés çà et là, inutilement. Et la mort se gausse doucement, car elle trouve que vivre en ayant peur d’elle est d’un non-sens férocement comique.
La mort, elle, elle sait ô combien toute chose qui vit ne le fait que pour mourir, du moins le temps qu’elle aura décidé. Sans compter qu’elle-même, la mort, ne connait pas vraiment non plus l’heure qu’il faut… ça c’est l’affaire du big boss.

 

Mais ceci est une autre histoire qui sera bafouillée plus tard : celle du Hasard, un sacré lascar.

 

 

 

 

M.R 2012

 

Publié dans Catharsis

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Commenter cet article

songe 22/10/2012 20:52


Parfois je trouve ce bruit rassurant...

Sisyphe 24/10/2012 18:48



Le réccurant est souvent rassurant ;)



Sékateur 20/10/2012 13:37


Et que dire des montres qui font biiiip toutes les heures ? Au moins, l'horloge, elle a souvent la classe. Elle en impose. Mais ces petites montres à la noix... pfff ! 

Sisyphe 24/10/2012 18:47



C'est vrai que celle çi sont profondement agacantes... en plus d'être globalement trés moches!!



realkiller 18/10/2012 19:11


J'apparente le temps à un bourreau, p'tins quels cons ces incas à l'avoir inventé ou propagés pour rendre notre vie difficile et ainsi de nous soustraire à sa loi. le temps aurait dû être un ami,
un allié au lieu de cela c'est lui qui bat la mesure et nous ordonne un ryrthme de vie plus drastique, plus rapide, plus prècis aussi avec ses secondes qui attendent qu'un moment critique pour
nous jouer une farce en fermant boutique juste devant notre nez. 

Sisyphe 24/10/2012 18:47



Rien a dire de plus! :)