Rien ne se perd...

Publié le par Sisyphe

 

 

      Jean avait toujours été paisible, gamin comme adulte. Jean faisait même parti de ceux qu’on ne remarque pas trop, dont ont se souvient peu, Jean était un homme moyen en tout, ni bon, ni mauvais, pas exceptionnel mais pas insignifiant non plus. Petit garçon, Jean avait tant que faire se pouvait, mené une existence paisible, choyé par des parents honnêtes et droits qui lui inculquèrent la bienveillance et le don de soi.

Jean, pendant longtemps, espérait de tout son grand cœur croire en ce qu’il avait appris, un peu fleur bleue, un peu naïf, il s’appliquait avec rigueur a éviter de se mettre en colère, s’appliquait a éviter tout sentiment néfaste pour lui et ceux qui gravitaient autour de lui. Il ne prenait jamais part aux bousculades a l’école, il était studieux sans pour autant être le chouchou car ces résultats étaient comme lui : moyen. Pas bon ni mauvais, juste… moyen. A l’école, il essuyait régulièrement les quolibets des enfants, qui ne voyait en lui qu’un gentil naïf a qui l’ont pouvait tout faire croire du moment que l’on y mettait un peu de conviction. Jean ne comprenait pas le mensonge, ne voyait pas ce qu’on pouvait gagner à mentir, il donnait donc naïvement crédit a la moindre personne qui venait lui parler.
 Et le préparatoire s’écoula plus ou moins paisiblement, il s’écoula comme le reste : moyennement.

Quand vint la période du collège, son attitude neutre et placide le relégua, auprès des petits clans de copains, a une sorte de d’inintéressant inoffensif dont ils se jouaient régulièrement, gentiment au début… et puis temps passant et réactions absentes de sa part, les mauvaises blagues devinrent plus nombreuses et plus méchantes.  

En sixième, le gros Didier lui avait fait le mauvais coup en classe de gym de lui cacher ses affaires pendant qu’il était sous la douche. Didier prenait plaisir à humilier son monde. Jean se souvient encore de la sienne au travers des regards hilares et non compatissants de tous ceux qui l’avaient vu revenir du chemin de l’école, nu comme un ver avec pour seul moitié de pagne son cartable. De retour chez lui, sa mère lui expliqua que ce n’était pas grave et que ce n’était qu’une blague qui n’avait pas d’importance. Jean hochait la tête et souriait, admirant sa mère.
En cinquième, il fut la tête de turc de Kevin qui s’appliqua régulièrement tout au long de l’année a se moquer de lui devant toute la classe et de mettre une grande importance a ce que l’humiliation soit publique. Kevin aimait être regardé en pleine gloire. Jean pleura beaucoup cette année la. Mais la tendresse de ses parents parvint toujours à en venir à bout et a faire en sorte qu’il n’en tire pas d’animosité. Jean hochait de la tête et souriait.
En quatrième Sandrine lui brisa le cœur en le manipulant, et en s’en servant comme larbin. Tantôt bon à lui faire ses devoirs, à porter son cartable ou lui apporter et débarrasser son plateau a la cantine et tant d’autres choses. Une fois lassée et sans jamais lui avoir accorder un sou de tendresse, elle l’humilia avec ses amies en pleine cours de récréation en lui expliquant qu’elle s’était servi de lui et qu’il n’était finalement qu’un toutou obéissant dont elle ne voulait plus, que de toute manière, elle finirait avec le gros Didier parce que c’était un homme, un vrai. Sandrine aimait être adulée et servie. Et Jean, de nouveau en larme, rentra chez lui et s’entendit expliquer par son père que ce n’était pas grave, qu’il y avait beaucoup d’autres filles sur terre et surtout, qu’il en verrait d’autres. Et Jean hochait la tête en souriant, admirant son père.
En troisième, se fut Quentin qui lui brisa le bras dans la lourde porte du casier, juste avant de déchirer ses cahiers de cours et de plonger ses feuilles de classeur dans l’eau des toilettes après lui avoir mit la tête dedans. Quentin aimait la violence. Fracture ouverte pour le bras, une dent en moins sur la cuvette et des heures de travail pour tout reprendre les cours. Jean ne pleurait plus, il regardait l’infirmière poser les bandes plâtre sans rien dire. Il rentra chez lui et écouta ses parents, lui expliquer qu’au final, il y gagnait quelques vacances imprévues avec eux et pour l’occasion, qu’ils partiraient tous chez ses cousins, à la campagne. Il hocha la tête en souriant, admirant ses parents.

 

Jean obtint son brevet, a peine au dessus de la moyenne. Il ne souhaita pas aller au lycée. Il demanda à ses parents des cours par correspondance. Il obtint son bac, juste au dessus de la moyenne aussi. Et le monde du travail s’ouvrit à lui.


      Et le temps passa, Jean enchaina toute sorte de petits boulots, puis fut tour à tour enquêteur pour les assurances, conseiller financier puis finalement banquier après quelques formations. Le temps passa, Jean restait égal a lui-même, jamais bon, jamais mauvais, toujours moyen, discret et humble. Le temps passa, sa timidité naturelle l’empêcha de se marier, sa placidité d’évoluer professionnellement. Ses parents moururent comme ils avaient vécus : paisiblement. Et Jean, digne fils, étaient comme eux : paisible… a un point de détail prés.
Si il était un homme de paix, si il était des ces hommes que l’on ne remarque pas, dont on se souvient peu, Jean était pourvu d’une mémoire très vivace incluant aussi les sentiments qui allaient avec, son application démesurée à n’en vouloir a quiconque lui avait fait du mal l’avait tout doucement rendu apathique sans même qu’il ne s’en rende compte, ainsi passa la vie, ni chaude, ni froide, à peine tiède. Sans rancune, sans remords évidemment : il n’avait jamais rien fait à personne et jamais personne n’avait fait quelque chose pour lui.

Aujourd’hui Jean est a la retraite, il a un cancer généralisé ; Il ne lui reste pas beaucoup de temps. Mais il n’en veut a personne, pas même son médecin qui avait juste oublié d’envoyer ses analyses il y a quelque années de ça. Jean n’avait pas voulu le déranger en lui demandant pourquoi il n’avait reçu aucun résultats. Assis dans son fauteuil, Jean se remémorait sa vie, ainsi que les rencontres qui la jonchaient, il en retint quatre en particulier… en particulier car ces quatre ne l’avaient jamais reconnu.
 

Au temps où il était enquêteur pour les assurances il avait recroiser Quentin. Quentin qui était devenu patron d’un troquet miteux a l’engeance douteuse qui avait brulé entièrement par une nuit d’automne. Devant les faits et rien qu’eux, Jean, en charge de l’enquête, classa le dossier en feu volontaire et donc, en escroquerie aux assurances. Quentin perdit tout et fut condamné à une très forte amende ainsi qu’à de la prison ferme. Il y mourut égorgé une nuit d’automne quelques mois plus tard.
Au temps ou était conseiller financier, il recroisa Sandrine et le gros Didier. Entourée de marmaille glapissante, les quarante kilos de plus de Sandrine ne trompèrent pas la mémoire de  Jean, tout autant que les tentatives maladroites de maquillage ne cachaient pas les bleus qu’elle avait sur les bras, ce même bleu en dessous de son œil poché, que l’autre, maquillé aussi, voulait faire passer pour des cernes de fatigue, rehaussant ses yeux bleus éteints par la soumission. Le gros Didier égal a lui-même, rustre et parfumé au mauvais vin, était aussi sur de lui qu’intelligent comme une souche. Il n’écouta pas Jean qui lui déconseilla de placer son argent en bourse sur une entreprise dont le bilan était désastreux et qui n’allait bien que dans les apparences. Après une prompte et prévisible  ruine financière, la banque lui prit tous ses biens, sa femme termina en asile psychiatrique et lui fut emprisonné pour avoir battu ses enfants et dont un était au seuil de la mort. Il y croupira à perpétuité pour homicide volontaire.

Et puis enfin, il n’y à pas si longtemps, il recroisa au détour d’une rue glacée par l’hiver le « fameux » Kevin. Kevin ivre-mort, affalé sur un carton, hoquetant encore d’un vomi frais et odorant souillant la moitié de son pantalon troué, psalmodiait quelques phrases semblant quémander une pièce. Jean fouilla dans ces poches et n’y trouva qu’un billet de 50euros, il était riche Jean, et après tout… il n’en faisait rien de son argent… il lui donna alors avec une certaine pitié et s’en alla. Kevin ne s’en aperçu même pas, il mourut quelques heures plus tard d’hypothermie dans l’indifférence et l’anonymat le plus total.

 

Sur son siège, Jean y repensait, un sourire étrange aux lèvres, un sourire de satisfaction, ni grande ni petite, juste… moyenne.
Il souriait en repensant à tout ça et  hochant la tête, il admirait son constat en rapport avec le souvenir de Kevin, mêlé à ceux des trois autres. Finalement :

 

 

Rien ne se perd… tout se congèle.

 

 

 

 

M.R 2011

Publié dans Nouvelles

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songe 11/10/2011 20:20



j'avais oublié combien j'aimai te lire :p



Rom 08/10/2011 19:06



C'est totalement génial. J'admires toujours autant ce que tu fais. 


Bonne continuation


Rom



Jihème 30/09/2011 14:12



Quel texte étonnant, beau et bien tourné. Je suis fan ! C'est en vous lisant que je me dis que je n'aurai jamais le millième de votre talent de conteur (teuse ?)...


Mais loin de moi toute idée de jalousie. Continuez à abreuver nos esprits en ces périodes troubles, c'est le meilleur remède contre la morosité ambiante. Merci à vous



Sisyphe 01/10/2011 11:26



Diantre quel compliment!!! Je me dois de vous remercier :)


Néanmoins aprés re-lecture, il subsitent encore un sacré paquet d'erreurs et d'améolirations à apporter à ce texte... tant et tant qu'il parvient même a me faire honte pour dire vrai... vite!!
une version 2.0 !!


Néanmoins merci encore de ce trop grand compliment Jihème, vous trouverez sans aucun doute beaucoup de plumes qui risquent bien de vous plaire dans mes favoris! En tout cas j'ai bien aimé me
ballader chez vous ^^


A la prochaine! :)



Ari Amy 27/09/2011 01:12



Rien de personnel, mais la vie est dure et souvent très difficile pour certains d'entre nous. Personnellement, je trouve qu'il y a beaucoup de positif et d'agréable à raconter. Je ne m'attarde
pas trop du côté obscur et les histoires pénibles, j'aime mieux les éviter. Mettons que j'aime mieux les bonbons. Ce qui ne m'empêche pas que je te lise.



Sisyphe 27/09/2011 09:30



Je comprends. Merci de cette précision Ari :) et de tes lectures bien entendu^^



Ari Amy 25/09/2011 03:29



Heavy story. No comment.



Sisyphe 26/09/2011 19:57



So^^