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Les agents du chaos

Publié le par Sisyphe

 

 

 

 

 

Les agents du chaos sont parmi nous. N’en doutez pas. 

 

Ils forment deux clans, oeuvrant chacun à leur manière.

 

 

On prétend l'agent du chaos aigri, méchant, acerbe et parfois insane. Souvent jugé haineux, qualifié corrosif, on le dit écumant d'une rage jugée injustifiée, souvent prise pour assassine. Pourtant l’agent du chaos n'est un humain, au milieu des humains. Arbre et forêt, pléiade de multitudes savamment déguisées.

Bien ignorant celui croyant l’agent dépourvu de cœur, quel que soit son clan. Du coeur, il avait pour cent, il en avait pour mille.

 

 Car l’enfer, c’est bien les autres.

 

Ces autres  qui, patiemment, ont arraché chacun de ses coeurs. Un à un. Organe après organe, avec des mains d'actes et de paroles, d'actes contraires aux paroles et de paroles contraire aux actes. Ces mains moites d’inconscience, de peur, d’ignorance, d’irrespect confirmé et d’incompréhension refoulée.

 

Aussi, quand de ses mille cœurs, n'en reste plus qu’un, l’agent du chaos semble mû par un sursaut d’instinct conservateur l’enjoignant à continuer d’exister férocement afin de protéger coûte que coûte le battant qui lui reste, se rompant ainsi à l’aboiement, puis la morsure envers le cabot impudent, quand la nécessité s'en fait sentir. Ainsi, l’agent préfère la confrontation d’idées à l’indélicatesse du pugilat physique, bien que fier malgré tout, il répliquera sans délais à une attaque directe.

Prétendre sa méchanceté gratuite serait une erreur. Accolée, serrée contre elle, se trouve une douleur propre à son porteur, se trouve le cimetière de ses mille coeurs et la raison même de cette douleur.

 

 L’agent du chaos n’a que trop conscience que le monde brûle de toute part dans un brasier de plus en plus énorme et dont les tisons insidieusement chauffés a blanc lui marque l’esprit pendant qu’ils brulent les yeux à d’autres.

 

Il y a l'activiste. L’agent aux pics verbaux et à la volonté tranchante de morceler à outrance la réalité la plus froide, rabattant en elle tous ceux qui s’autorisent à rêver trop près de sa lame. Sa véhémence et son ostensible acidité ne trouvant de source que dans le désir exacerbé de rendre la monnaie d’une pièce qu’il n’avait pas projeté de donner au départ. Faisant fi du particularisme de chaque débiteur, englobant la basse engeance anthropienne, il appose sans détour, avec une subtilité glissante et peu accessible, la douleur qu’il veut partager. Et cela particulièrement à ceux qui ne veulent pas l’entendre et qui prennent cette affliction pour une inoculation de venin puement sadique, alors que ce dernier n’enjoint, à sa manière, qu’à l’élévation du pâle esprit.

 

Néanmoins, certains agents du clan des activistes se laisseront happés par la haine, allant jusqu’à s’embraser du désir de réduire en cendres ce monde le plus vite possible, prenant plaisir à le regarder cuire en bons activateurs de braises. Ces mêmes qui, oui, en viendront à assassiner le dernier des coeurs défendus, à recouvrir de haine une raison déchue, à se délecter d’une violence insensée et gratuite, avides d’affliger une douleur n’apportant rien que la souffrance stérile d’autrui. Des extrémistes voués à devenir tôt ou tard ce qu’ils haïssent le plus: ces mêmes pâles esprits.

Notons bien que ceux la sont hors-cadre du présent sujet, et ne peuvent plus être considerés comme membres d'un des deux clans dont nous parlons.

 

Vient l’agent passif. Passif parce qu’il est -peut être- parvenu à garder un coeur de plus que l’activiste, le sursaut reptilien étant -peut être- parvenu plus tôt. Ou alors -peut être encore- avait-il simplement plus de mille cœurs et que les deuils n’ont pas pris le même visage que ceux de ses séditieux comparses de chaos.

 

Ces douleurs, multiples et personnelles, infants d’un regard riveté sur le monde sont le lien principal unissant les agents du chaos.

 

Aussi, le passif regarde le monde brûler sans toutefois souffler dessus. Il n’est que le pointeur de doigt des sujets qui lui semblent importants, pleurant sans larmes sur le constat que l’idiotie de l'engeance apostrophée se satisfaisant de contempler, vide de pertinence, ce même doigt, sans avoir aucune considération pour ce qu’il désigne. C’est ce possible reliquat de coeur protégé qui empêche d’altérer le passif pacifique en activiste agitateur. Qui empêche aussi de le faire sombrer dans une haine stérile.
Mais la hargne, protectrice « du peu qui reste », la volonté et le goût prononcé pour la désignation de la réalité restent similaires à son opposé colérique, le désir d’élévation et du partage de douleur demeurent identiques.

 

Plus silencieux, remplissant sa mission au coup par coup, sous couvert d’une sollicitation n’émanant bien souvent pas de lui, le passif a conscience que l’imposition d’une pensée est complexe, ardue et d’une tyrannie malsaine de par son statut d’imposée. Sa technique est peut-être plus insidieuse, plus intrusive, deux agissements pouvant être ressentis comme de la manipulation, mais qu’il serait bien peu avisé de considérer comme telle. Certes, il y a une volonté d’implantation de pensée de sa part, et qu’elle germe ou pas, cela lui importe peu tant que terreau d’esprit qu’il foule est propice à recevoir la graine.

Toutefois, le passif est conscient que certains aiment nager dans la grande piscine de l’ignorance, sait aussi que d’autres ne sont pas prêts à en sortir et que d’autres encore ont choisi de s’y noyer béatement. Il respecte les choix de chacun. Cependant, il  ne se privera pas de rappeler sévèrement à l’agressif déhonté et apeuré d’incompréhension de lui accorder autant de respect que l'agent se fait fort de donner, quant bien même le jugement de l'individu soit-il prisonnier des affres de la non-volonté de compréhension. L’agent passif ne manquera pas non plus de signifier son désaccord à ce même individu vociférant son refus d’intégration de cette notion qu’est le respect du choix des autres. Signification démontrée par une royale ignorance, voir dédain, envers l’indigent.

 

Quel que soit le clan, nous parlons ici de douleur consciente, issue d’une volonté de partage voulu salvateur. Nous parlons ici  d’un dépit prenant substance a travers une sensibilité à l’origine hors normes.

 

Les agents du chaos ne savent que trop que l’ombre est lumière, que celle ci ne sort que de l’ombre et que l’inverse et impossible. Estimant que le monde n’a pas à être heureux, car non-méritant. Ils se font les créanciers bénévoles de la bêtise humaine, présentant contre vents et marées l’aigre-douce et lourde facture de l’inconscience commune, convaincus que cette facture se doit d’être honorée. Ils savent que la chute est bénéfique, qu’il n’y a que dans les erreurs constatées et retenues en tant que telles, que se dégagent les constats nécessaires à la non répétition de celles-ci, constats dont l’unique but vise à comprendre la chute, pour mieux se relever par la suite.

 

Déplorer l’infinie chute de l’homme, déplorer l’absence ou l’ignorance voulue de ces constats d’erreurs, les agents du chaos ne sont qu’une facette de ce douloureux sentiment qu’est la compassion, vivant sur un versant de sa montagne, en véritables éponges à souffrance que seule une sollicitation extérieure force à rendre. Ils sont les ermites du plus sombre des pans de ce sentiment, pan que les bienheureux ne verront ni n’atteindront sans doute jamais, faute de simplement le vouloir.

 

Tout comme les autres sont leur enfer... Ils sont l’enfer des autres.

 

Et nous sommes tous l’autre de quelqu’un.

 

Tu as su apporter une touche non négligeable a cette pensée ô mon adéquate.. a refaire!!^^

C&M.R 2011

 


Commenter cet article
S
<br /> <br /> Ce que j'aime bien dans certains de tes écrits c'est qu'ils me font réfléchir sur mon moi meme intérieur :p<br /> <br /> <br /> <br />
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S
<br /> <br /> C'est délicat de créer des "catégories" d'humains (ce que j'ai pu en bouffer récemment dans mes formations, de la catégorisation d'humains !) car évidemment, on ne s'y retrouve pas forcément, tu<br /> catégorises en fonction de ton vécu. Cela dit, je vois bien de quel type d'humains tu parles. Je ne sais pas si je suis concerné, sans doute un peu. C'est d'ailleurs la seule vertu des<br /> catégorisations, on sait que l'individu n'est jamais à 100% dans une catégorie, il peut très bien surfer sur plusieurs à la fois. Donc, voilà, je suis un peu concerné, mais je surfe ailleurs...<br /> et puis j'aime bien ce nom "agent du chaos"... et comme je suis presque fonctionnaire, ça fait écho avec le commentaire précédent !<br /> <br /> <br /> <br />
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S
<br /> <br /> A l'ecriture je ne pensais pas vraiment a "categoriser" en fait... même si, effectivement, on pourrait le voir ainsi. Cela dit, je ne "range" personne et n'aurai l'outrecuidance de le faire bien<br /> entendu, j'en parle et le lecteur -tout comme toi- se sent concerné pleinement ou un peu -comme toi ^^-<br /> <br /> <br /> Il va de soi que le seul que je me permet de ranger c'est moi, et je me place dans la catégorie passif (je t'ai vu passer d'ailleurs ;))<br /> <br /> <br /> En fait l'origine de cet article prend sa source de certaines lectures et agissements d'internautes que je croise ici et la... semblant être des activistes mais surtout<br /> des hors cadres (pour eux c'est déjà plus sur)^^ il y a longtemps que je voulais faire cet article^^<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> <br /> Hormis ton dernier paragraphe "Les agents du Chaos" tu peut très bien le remplacer par "Fonctionnaires" ça marche aussi, j'ai relu 2 fois pour voir ^^. Ne faites pas la tête si je le pense ainsi<br /> on est en démocratie, nan ? ;-) <br /> <br /> <br /> <br />
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S
<br /> <br /> Et je respecte cette pensée, même en étant pas du tout d'accord avec toi^^ bien que je perçois ce dont tu parles... ;)<br /> <br /> <br /> En toutr cas, merci de tes deux lectures!!<br /> <br /> <br /> <br />