La haine sereine. -2-

Publié le par Sisyphe

 

 

    (...)Et aujourd’hui tu es la, devant moi. Dans un noir le plus absolu, le plus habile, le plus serré, éclairé par un savoir qui t’étais inconnu jusqu'à ce que tu me rencontre. Tu es la devant moi, toi, le violeur d’enfants, le meurtrier de ma raison, l’assassin de ma fille. Toi l’impuni pour vice de procédure.

 

   Te voila devant moi, enfin. Oh… détrompe toi, je ne vois ici ni victoire, ni quoi que ce soit d’autre, je ne vois ici que ce qui se devait d’être. Toutes ces années à t’observer m’ont tellement apporté, tellement fait grandir. Tu me penses certainement éperdu de haine pour toi, empli de colère, débordant de rage, tu te demandes ce que je vais faire de toi à présent, et tu as raison. Mais tu as tort sur le ressentiment. Je t’ai effectivement voué, longtemps et stérilement, une haine sans mesure commune, comment en aurait il pu être autrement ? Aujourd’hui encore je ne le sais pas, en fait je crois que c’était simplement impossible. Mais le temps est comme l’eau : un puissant dissolvant, qui ronge avec une infinie patience tout ce qu’il touche. Tu te demande aussi, et peut être, pourquoi autant de temps ? Pourquoi dix ans et pourquoi aujourd’hui ?

C’est une bonne question.

J’ai mis un an à te retrouver. Toi qui avais fuit si vite et loin te faire un autre avenir au milieu de nouveaux amis ne connaissant pas ton histoire, tes histoires. J’ai remonté la filière de tes amis influents, cambriolé les bureaux de la horde d’avocats qui avaient si bien fait leur travail. Puis je t’ai retrouvé. En ce temps la haine me dévorait encore, j’avais tellement envie de te tuer,  t’assassiner avec violence, t’arracher les tripes et te pendre avec.

Mais une rencontre me fit changer de route, donnant naissance au projet dont tu fus bien sur le centre et aujourd’hui l’aboutissement. Le hasard fait parfois si justement les choses…

C’était dans le train me ramenant vers mon ancien chez moi, bien trop loin du tiens a mon gôut, c’était le dernier voyage qui devait clôturer mon déménagement. En face de moi, une jeune fille belle comme le jour, mais dont le regard éteint aurait pu voiler le soleil lui-même. Nous nous sommes reconnu  immédiatement dans nos cendres, nous nous sommes mis à parler et parler encore, dépoussiérant nos vies respectives, jusqu'à enfin arriver au présent et ce qui nous amenait la, dans ce train.

Moi je suivais, elle, elle fuyait.

Mais elle fuyait quoi me diras tu ? Elle fuyait ses souvenirs, sa mémoire, entachée par une autre personne comme toi. Par son départ elle nettoyait ses traces, emportait avec elles les preuves. Elle avait commis le crime parfait, avait tué l’être immonde l’ayant violée pendant tant d’années. Elle me raconta, avec un calme effarant, le plan qu’elle avait fomenté des années durant. Je l’écoutais, admiratif de tant d’ingéniosité. Comment ? Ce n’est pas important. L’important c’est qu’elle y soit parvenue, l’important c’est la résultante de cette rencontre. A mon tour je lui racontais ma plus sombre histoire, ma haine ne sachant encore que faire, mon ardent désir de te faire payer, ses yeux flamboyèrent un bref instant. Elle me confia alors ce que personne ne savait, me raconta les sévices endurés, les humiliations, les pernicieuses techniques utilisées pour lui faire croire en sa responsabilité. A l’époque, je n’aurai mais pu imaginer un tel vice chez les violeurs d’enfants. Tout comme lui, elle ne regrettait rien, n’éprouvait aucun remords pour le meurtre de ce « bon père de famille ».

Son discours éteignit d’un seul coup ma haine, en la remplaçant par le calme calculateur et nécessaire aux nouveaux objectifs, mis en place… avec son aide. Un nouveau plan qui allait m’occuper pendant longtemps. Et cette jeune fille, au doux nom de Natacha, allait devenir mon accolyte.

Tu aimerais parler n’est ce pas ? Toi bâillonné dans ton noir absolu, le plus habile, le plus serré… spécialement fait pour toi. Mais il en est hors de question. Ecoute bien ce qui suit…

Pendant les 9 années qui suivirent, Nous avons occupé notre temps à osciller entre ta surveillance et d’éreintantes recherches. Oui, nous avons retrouvé tes victimes, TOUTES tes victimes. Leur nombre croissant ne faisant que renforcer la haine sereine motivant notre plan. Nous nous sommes noyé dans leurs larmes, avons baigné avec elle dans l’eau croupie des souvenirs ou tu étais bien trop présent, nous avons exposé notre plan et toutes ont répondu a l’appel de notre demande : une confession vidéo et une attestation écrite. Toutes l’ont fait et nous ont remercier à l’avance. Toutes nous ont confié leurs chaînes et sont repartis plus légères, mais pas moins abimées.

Tu te demandes ou cela mène n’est ce pas ? Si tu va bientôt le savoir Tu n’auras pas le loisir de voir le résultat. Saches juste que tout ces témoignages prendront valeur a d’autres yeux que les tiens, qui devront partager eux aussi le regard éteint de ceux que tu as bafoués. A ce travail ayant pris fin il y a un mois a peine, il y a juste ma fille manquant à l’appel, ma fille… ton seul meurtre et ta seule erreur finalement.

Nous avons donc, Natacha et moi, scruté ta vie, t’avons toujours dérangé par d’habiles stratagèmes dans tes moments « d’égarement » mettant par la suite à l’abri tes nouvelles proies n’étant ainsi pas devenues tes victimes. Le téléphone ne cessant de sonner ? C’était nous. L’erreur de livraison ? C’était nous. Et tout le reste aussi… Et toi, toi… de toute ta hauteur, tu faisais toujours mine de rien, pensant à la malchance ou que sais-je ?!  Jusqu'à la prochaine, bien entendu.

Nous t’avons regardé vivre, te marier, nous avons même poussé jusqu'à être à ton mariage.

Non, non... ne cherche pas, dans ta petite sauterie de bourgeois friqués jusqu’aux yeux et forte de 300 personnes, nous avons utilisé l’anonymat de la multitude. Nous faisions partie intégrante de l’hypocrisie qui t’entourait ce jour la.

Nous t’avons vu faire naître deux beaux jumeaux, tes fistons de 8ans aujourd’hui, et bien sur nous avons vu arriver le troisième qui fête ses 7 ans dans peu de temps si je ne m’abuse. D’ailleurs nous n’avons pas manqué de remarqué dans cette époque  que tes pulsions s’étaient atténuées, allant même jusqu'à disparaitre. Loin de nous faire changer de cap, nous avons continué de t’observer. Et puis nous avons vu naitre ta fille.

Et la, tu as osé… Tu as osé la nommer Camille. Tu as osé lui donner le nom de ma fille. Il aura fallut beaucoup de persuasion a Natacha pour me ramener de la où la haine m’avait emporté une fois de plus, et tout ça a cause de ton outrecuidance. Beaucoup de travail de sa part pour me ramener a la raison, pour ne pas faire échouer notre plan qui durait depuis 4 années déjà. J’ai bien sur resserré ma surveillance,  certains de tes regards sur elle, ne me trompant pas.

Voila pourquoi tu es la, aujourd’hui. Dans le noir le plus absolu, le plus habile, le plus serré, a  m’écouter, impuissant et ce, au bout de tant de temps. Tu es la parce que tu as voulu violer ta propre fille. Ta fille que tu as osé nommer comme la mienne, celle que tu as violée et tuée.

Tu sais… j’ai eu un doute un jour, bien après la vague de haine me submergeant a la naissance de ta fille. En moi était née l’idée que tu l’avais nommée ainsi pour, quelque part, faire vivre à nouveau celle que tu avais tuée, comme une sorte d’expiation peut être, une expression de regrets. Mais le jour où tu as commencé à  la caresser d’une manière que Natacha ne connaissait que trop bien, de cette manière si patiente, si ciblée. Ce jour la, tu m’as remis sur la voie. Je t’en remercie.

 

Tu me prends pour un fou sans doute. A m’écouter dans le noir le plus absolu, le plus habile, le plus serré, le plus habilement voulu. Mais il n’en est rien. Rien du tout.

 

Je suis la pour t’apprendre certaines choses. Je vais d’ailleurs te laisser encore un moment, seul cette fois. Pour que tu puisses repenser a l’élastique dimension du temps, à la longueur que peut lui conférer l’esprit mis dans une situation d’impuissance, d'une situation a laquelle on aimerait échapper a tout prix. Deux notions que tes victimes connaissent par ta faute. Et que tu découvres à présent.

 

A toute a l’heure.

 

(a suivre une dernière fois)

 

M.R 2011


Publié dans Nouvelles

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Clo :0038: 28/06/2011 17:10



Fiction .... mais ça fait bouillir à lire et à écrire tellement ce sujet est atroce.


En tout cas, bravo à toi, ton texte est tellement prenant que je crois l'avoir lu en apnée totale !!!!


Bises Manu :)



Sisyphe 28/06/2011 21:30



 merci beaucoup Clo, presque "ravi" que tu vives ça avec moi! Il ne faudra pas que je traite ce genre de sujet
tout les jours moi...


Bises Clo!



li 27/06/2011 23:11



Polar ou fiction ? C'est la question que je me suis posée en te lisant. J'ai lue la réponse dans ton commentaire...


J'me suis dit OUFFF... En tout cas bravo pour ton talent d'écriture, j'étais  à fond dedans.


Et surtout, merci pour tout.


Bonne nuit.


 



Sisyphe 28/06/2011 11:04



 bah merci a toi surtout :)



Evy & Prisca 27/06/2011 14:47



Bonjour 


Notre petit passage dans ton univers pour te souhaité une bonne semaine bisous angélique Prisca & Evy



bria 27/06/2011 10:50



Je trouve ça court pour une histoire (ou sujet) aussi intéressant. Sinon j'ai bien compris que chez toi y'a pas d'auto-censure mais mon PC date du siècle dernier (voir même d'avant) et j'ai pas
envi de le choquer pour qu'il me laisse demain comme un con au pied du portail ^^.



Sisyphe 27/06/2011 12:09



Merci de cette explication Marco ;)


 


Pour la longueur, le dernier volet est a la limite du trop, c'est un sujet qui me touche de prés et aprés chaque session, je finis en sueur et les mains tremblantes (le désavantage de vivre et de
voir dans sa tête ce que l'on écrit...)



bria 27/06/2011 09:16



Franchement tu pouvais pas faire ton texte un peu plus long ? La haine et la vengeance est tout à fait naturel en ce qui me concerne et contrairement à ce qu'on pense elle est légitime et ces
actes est contraire à une harmonie dans une société. 


Alors si ta pas envie de chercher des noises, fait pas chi** ^^



Sisyphe 27/06/2011 09:50



Chier. ^^ pas besoin d'auto censure ici, la censure trîne ses sale guêtres partout, chez moi nan. ;)


 


Niveau longueur de texte c'est a prendre comment? ca veut dire que c'est pas assez long ou le contraire? Quoi qu'il en soit un dernier volet légerement trash et ce sera fini ;)